{"id":894,"date":"2018-01-11T15:03:53","date_gmt":"2018-01-11T14:03:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.friaguinee.net\/?p=894"},"modified":"2018-01-11T15:32:25","modified_gmt":"2018-01-11T14:32:25","slug":"va-me-tuer-disait-souvent-mariama-kallo-guineenne-morte-defenestree-mari-apres-23-coups-de-couteau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.friaguinee.net\/index.php\/2018\/01\/11\/va-me-tuer-disait-souvent-mariama-kallo-guineenne-morte-defenestree-mari-apres-23-coups-de-couteau\/","title":{"rendered":"\u00abIl va me tuer \u00bb disait souvent Mariama Kallo, la Guin\u00e9enne morte d\u00e9f\u00e9nestr\u00e9e par son mari apr\u00e8s 23 coups de couteau"},"content":{"rendered":"<p>La femme de 32 ans est morte fin d\u00e9cembre, victime de 23 coups de couteau par son \u00e9poux et\u00a0d\u00e9fenestr\u00e9e du 4\u00e8me \u00e9tage de leur appartement, cit\u00e9 de l\u2019Amiti\u00e9, \u00e0 Montreuil. Orpheline, m\u00e8re d\u2019une fille de deux ans rest\u00e9e en Guin\u00e9e, Mariama est d\u00e9crite comme une battante mais peu connue de son quartier<em style=\"font-weight: inherit;\">.<\/em><\/p>\n<p>\u201c<em style=\"font-weight: inherit;\">Le vendredi matin, jour de sa mort, elle avait appel\u00e9 plusieurs personnes de la famille. Elle nous disait : \u2018il va me tuer\u2019. Comme si elle savait que \u00e7a allait arriver\u201d.\u00a0<\/em>Ces mots sont ceux de\u00a0sa tante, Nene Aye Bayo. Mariama Kallo, 32 ans, m\u00e8re d\u2019une enfant de deux ans et demi, se sentait en danger et ce depuis plusieurs mois d\u00e9j\u00e0. Son mari la battait. En novembre, elle avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pos\u00e9 une main courante au commissariat. La jeune femme avait \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9e avec des plaies au nez et au front mais avait refus\u00e9 de porter plainte.<\/p>\n<p>Plus d\u2019un mois plus tard, dans la nuit du vendredi 29 au samedi 30 d\u00e9cembre, elle est d\u00e9fenestr\u00e9e par son mari du haut du quatri\u00e8me \u00e9tage de l\u2019immeuble o\u00f9 ils habitaient, \u00e0 la cit\u00e9 de l\u2019Amiti\u00e9, dans le quartier Branly-Boissi\u00e8re de Montreuil apr\u00e8s avoir re\u00e7u 23 coups de couteaux.\u00a0Des voisins rapportent que c\u2019est bien lui qui l\u2019a pouss\u00e9e. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crou\u00e9 mardi 2 janvier et mis en examen pour meurtre par conjoint.<\/p>\n<p><strong style=\"font-style: inherit;\">\u201c<\/strong><em style=\"font-weight: inherit;\"><strong>Mariama, c\u2019\u00e9tait l\u2019espoir de la famille<\/strong><\/em><strong>\u201c<\/strong><\/p>\n<p>La petite Oumou ne reverra jamais plus sa m\u00e8re. Mariama Kallo \u00e9tait arriv\u00e9e en France il y a seulement un an et demi, sans son enfant, l\u2019ambassade de France \u00e0 Conakry ne lui ayant pas accord\u00e9 de visa. Mariama \u00e9tait l\u2019a\u00een\u00e9e d\u2019une grande fratrie de huit enfants, trois fr\u00e8res et cinq s\u0153urs. Le cadet de la famille est encore en bas \u00e2ge. \u201c<em style=\"font-weight: inherit;\">Mariama, c\u2019\u00e9tait l\u2019espoir de la famille. C\u2019\u00e9tait une battante<\/em>\u201c, nous raconte, sous le choc, Nene Aye Kallo, sa petite s\u0153ur de 20 ans qui vit en Guin\u00e9e. \u201c<em style=\"font-weight: inherit;\">Elle nous envoyait des choses par colis, un ordinateur, un t\u00e9l\u00e9phone et des habits pour sa fille\u201d<\/em>, pr\u00e9cise-t-elle, les larmes dans la voix.\u00a0Des pr\u00e9sents qui lui ont valu des coups suppl\u00e9mentaires de la part de son mari, selon sa tante maternelle, chez qui elle a v\u00e9cu pendant deux ans en Guin\u00e9e.<\/p>\n<p>Issue d\u2019une famille peu ais\u00e9e, Mariama Kallo travaillait \u00e0 Conakry dans des salons de coiffure et avait fait du babysitting dans une famille libanaise. Elle n\u2019avait pas eu la chance de poursuivre des \u00e9tudes et veillait sur ses petits fr\u00e8res et s\u0153urs depuis le d\u00e9c\u00e8s de leur p\u00e8re en 2006, puis de leur m\u00e8re en 2009, dans un accident de la circulation.<\/p>\n<p><strong style=\"font-style: inherit;\">\u201c<\/strong><em style=\"font-weight: inherit;\"><strong>Elle devait donner l\u2019argent qu\u2019elle gagnait \u00e0 son mari\u201d<\/strong><\/em><\/p>\n<p>En France, c\u2019est dans des h\u00f4tels qu\u2019elle travaillait du matin au soir, elle y faisait le m\u00e9nage. \u201c<em style=\"font-weight: inherit;\">Elle devait donner l\u2019argent qu\u2019elle gagnait \u00e0 son mari<\/em>, rapporte sa tante.\u00a0<em style=\"font-weight: inherit;\">C\u2019\u00e9tait un mariage arrang\u00e9\u201d<\/em>. Mariama avait \u00e9pous\u00e9 un cousin du c\u00f4t\u00e9 paternel, de 18 ans son a\u00een\u00e9. \u00c2g\u00e9 de 50 ans, il avait pu venir en France bien avant elle. Ils avaient v\u00e9cu \u00e9loign\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre pendant des ann\u00e9es.\u00a0<em style=\"font-weight: inherit;\">\u201cQuand Mariama l\u2019a rejoint, elle se plaignait qu\u2019il la faisait souffrir, qu\u2019elle faisait tout \u00e0 sa place. Le probl\u00e8me chez nous, c\u2019est que la coutume dit qu\u2019une femme doit toujours se soumettre<\/em>\u201c, regrette Nene Aye Bayo<\/p>\n<p>La famille d\u00e9crit Mariama comme une personne joviale, tr\u00e8s gentille, une femme sans pr\u00e9tention, qui aimait faire rire les enfants. Ses proches la surnommaient \u201cMimi\u201d. Ils voyaient en elle une fille courageuse et d\u00e9vou\u00e9e. \u201c<em style=\"font-weight: inherit;\">Quand elle vivait chez moi, elle nettoyait tr\u00e8s t\u00f4t la maison le matin, avant que je sois lev\u00e9e, sans rien demander. Et elle faisait le march\u00e9 le weekend\u201d<\/em>, se souvient sa tante. Mariama \u00e9tait aussi quelqu\u2019un de spontan\u00e9e et tr\u00e8s pieuse. Musulmane, elle faisait la pri\u00e8re cinq fois par jour et n\u2019avait pas manqu\u00e9 de rattraper son je\u00fbne du Ramadan apr\u00e8s sa grossesse.<\/p>\n<p><strong style=\"font-style: inherit;\">\u201c<\/strong><em style=\"font-weight: inherit;\"><strong>Un jour, toi, tu vas tuer ta femme<\/strong><\/em><strong>\u201c<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la cit\u00e9 de l\u2019Amiti\u00e9, on la connaissait mal. Elle \u00e9tait l\u00e0 depuis trop peu de temps.\u00a0<em style=\"font-weight: inherit;\">\u201cElle travaillait beaucoup et faisait tout pour s\u2019en sortir<\/em>\u201c, confie Marianne, une voisine \u00e0 l\u2019origine du \u201cCollectif Mariama\u201d cr\u00e9\u00e9 pour rendre hommage \u00e0 la d\u00e9funte. En revanche, les voisins connaissaient trop bien ses cris, ceux qu\u2019elle poussait sous les coups de son mari. Les jeunes du quartier racontent l\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9venu : \u201c<em style=\"font-weight: inherit;\">Un jour, toi tu vas tuer ta femme<\/em>\u201c. Ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 mont\u00e9s au quatri\u00e8me au moins une fois pour dire au mari d\u2019arr\u00eater de frapper Mariama<\/p>\n<p>Le soir du drame, ils n\u2019ont rien pu faire. Les fen\u00eatres ferm\u00e9es du local mis \u00e0 la disposition des jeunes \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la cit\u00e9 ont, semble-t-il, \u00e9touff\u00e9 les bruits. Aucun voisin n\u2019a boug\u00e9, n\u2019a os\u00e9 s\u2019interposer, mais plusieurs ont appel\u00e9 les forces de l\u2019ordre.<em style=\"font-weight: inherit;\">\u00a0\u201cLa police a mis 45 minutes \u00e0 arriver alors qu\u2019ils ne sont qu\u2019\u00e0 cinq minutes en voiture<\/em>\u201c, d\u00e9plore Rachida, une voisine de l\u2019immeuble en face. Les habitants de la cit\u00e9 sont en col\u00e8re, une col\u00e8re qu\u2019ils ont laiss\u00e9 \u00e9clater, samedi soir, face aux \u00e9lus de la mairie venus au repas organis\u00e9 par les riverains, \u00e0 la m\u00e9moire de Mariama. \u201c<em style=\"font-weight: inherit;\">On a v\u00e9cu ce drame seuls. Qu\u2019est-ce que vous avez fait\u00a0? Qu\u2019est-ce que vous faites l\u00e0 maintenant, vous \u00eates venus manger nos g\u00e2teaux\u00a0?\u201d<\/em>\u00a0a temp\u00eat\u00e9 un jeune du quartier.<\/p>\n<p><strong style=\"font-style: inherit;\">Marche en hommage \u00e0 Mariama\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Il faut dire que le corps sans vie de Mariama est rest\u00e9 pendant neuf heures au pied de l\u2019immeuble. Pour qu\u2019il ne demeure pas \u00e0 la vue de tous, un voisin aurait jet\u00e9 un drap dessus. Au-del\u00e0 de leur exasp\u00e9ration, les habitants de la cit\u00e9 ont le sentiment d\u2019\u00eatres laiss\u00e9s pour compte. \u201c<em style=\"font-weight: inherit;\">Les pompes fun\u00e8bres ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9es sept fois dans la nuit. Elles avaient moins de personnel pendant la p\u00e9riode des f\u00eates et ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9bord\u00e9es\u201d<\/em>, tente d\u2019expliquer Bela\u00efde Bedreddine, adjoint au maire de Montreuil et vice-pr\u00e9sident du conseil d\u00e9partemental de la Seine-Saint-Denis. Patrice Bessac, le maire de la ville, a depuis saisi le pr\u00e9fet de Seine-Saint-Denis, Pierre-Andr\u00e9 Durand, pour exiger une\u00a0<em style=\"font-weight: inherit;\">\u201cenqu\u00eate au plus vite\u201d<\/em>\u00a0afin que\u00a0<em style=\"font-weight: inherit;\">\u201ctoute la lumi\u00e8re soit faite\u201d<\/em>\u00a0sur les conditions de lev\u00e9e du corps de Mariama. En r\u00e9ponse, la pr\u00e9fecture a indiqu\u00e9 qu\u2019une proc\u00e9dure judiciaire est en cours et pr\u00e9cise que le service fun\u00e9raire intervient sur r\u00e9quisition d\u2019un officier de police judiciaire.<\/p>\n<p>Mercredi, les voisins de Mariama et les membres de sa famille pr\u00e9sents en France ont particip\u00e9 au cort\u00e8ge silencieux pour lui rendre hommage. Elle n\u2019est pas la premi\u00e8re victime d\u2019un homme violent \u00e0 Montreuil. \u201c<em style=\"font-weight: inherit;\">C\u2019est la troisi\u00e8me marche organis\u00e9e depuis mars 2014 pour des f\u00e9minicides dans le cadre de violences conjugales<\/em>\u201c, indique l\u2019adjointe au maire Riva Gherchanoc. En France, en 2016, selon l\u2019Observatoire national des violences faites aux femmes, 123 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint.<\/p>\n<p>ParThomas Chenel<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La femme de 32 ans est morte fin d\u00e9cembre, victime de 23 coups de couteau par son \u00e9poux et\u00a0d\u00e9fenestr\u00e9e du 4\u00e8me \u00e9tage de leur appartement, cit\u00e9 de l\u2019Amiti\u00e9, \u00e0 Montreuil. 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