{"id":30874,"date":"2021-03-12T12:23:32","date_gmt":"2021-03-12T12:23:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.friaguinee.net\/?p=30874"},"modified":"2021-03-12T12:23:33","modified_gmt":"2021-03-12T12:23:33","slug":"cote-divoire-les-derniers-jours-dhamed-bakayoko","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.friaguinee.net\/index.php\/2021\/03\/12\/cote-divoire-les-derniers-jours-dhamed-bakayoko\/","title":{"rendered":"C\u00f4te d&rsquo;ivoire : les derniers  jours d&rsquo;Hamed Bakayoko !"},"content":{"rendered":"\n<p>Hospitalis\u00e9 en Allemagne, le Premier ministre ivoirien est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 10 mars. Le directeur de la publication de Jeune Afrique, qui \u00e9tait \u00e0 titre personnel proche d\u2019Hamed Bakayoko,raconte ses derni\u00e8res semaines et lui rend hommage.<\/p>\n\n\n\n<p>Autant \u00eatre franc, \u00e9crire ce texte est un v\u00e9ritable cr\u00e8ve-c\u0153ur, une torture. L\u2019auteur de ces lignes doit \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de pr\u00e9ciser que Hamed Bakayoko est un ami depuis vingt ans, presque un fr\u00e8re. Ce qui nous a \u00e9videmment amen\u00e9s \u00e0 s\u00e9parer avec soin les volets professionnels et personnels. Notre amiti\u00e9 ne devait influer ni sur le journaliste ou le patron de m\u00e9dia que je suis, ni sur le dirigeant politique qu\u2019il \u00e9tait. Ce pacte, nous l\u2019avons tous deux scrupuleusement respect\u00e9, malgr\u00e9 quelques anicroches ou la n\u00e9cessit\u00e9 de franches discussions.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons pass\u00e9 les derni\u00e8res f\u00eates de fin d\u2019ann\u00e9e ensemble et en famille. Nous connaissions la vie l\u2019un de l\u2019autre dans ses moindres recoins, nous qui passions des heures<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 parfois des nuits enti\u00e8res \u2013 \u00e0 disserter sur la vie, l\u2019amour, la politique, l\u2019humanit\u00e9, la famille, nos bonheurs et nos f\u00ealures. \u00c9voquer cette relation rare, alors qu\u2019il n\u2019est plus l\u00e0, me fait monter les larmes aux yeux, mais il faut faire avec, enfouir la douleur et la d\u00e9tresse, ne serait-ce que pour lui rendre hommage. Ce ne sera sans doute pas tr\u00e8s objectif, mais sinc\u00e8re et transparent, assur\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien ne laissait pr\u00e9sager une telle d\u00e9gradation de son \u00e9tat de sant\u00e9, et encore moins cette issue fatale, ce cancer fulgurant qui a emport\u00e9 l\u2019enfant d\u2019Adjam\u00e9 \u00e0 tout juste 56 ans. Lors de ces vacances et de ce Nouvel an pass\u00e9 chez lui, \u00e0 Assinie, Hamed n\u2019a jamais rien laiss\u00e9 transpara\u00eetre. Plus fatigu\u00e9 qu\u2019\u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, certes. Mais cela semblait normal, apr\u00e8s une ann\u00e9e aussi intense et p\u00e9nible, endeuill\u00e9e par la disparition d\u2019Amadou Gon Coulibaly, marqu\u00e9e par une pr\u00e9sidentielle particuli\u00e8rement tendue, au cours de laquelle il joua un r\u00f4le central, lui qui \u00e9tait devenu Premier ministre et num\u00e9ro deux du syst\u00e8me Ouattara. Une ann\u00e9e o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 sur tous les fronts, sur sc\u00e8ne comme en coulisses, disponible sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Derniers moments de r\u00e9pit<\/h2>\n\n\n\n<p>Hamed, touch\u00e9 par le Covid-19 \u00e0 deux reprises ainsi que par une crise de paludisme, n\u2019\u00e9tait donc pas au mieux de sa forme. Mais d\u2019excellente humeur, heureux d\u2019\u00eatre enfin au calme parmi les siens, avec son \u00e9pouse Yolande, ses quatre enfants et une ribambelle de cousins. Et nous, ma femme et mes trois garnements qui<\/p>\n\n\n\n<p>d\u00e9couvraient la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Petit comit\u00e9 propice au farniente, aux \u00e9changes, la musique \u2013 sa grande passion \u2013 toujours en fond sonore. Il plongeait dans l\u2019oc\u00e9an chaque matin, se d\u00e9lectait de poissons grill\u00e9s qu\u2019il d\u00e9vorait \u00e0 sa mani\u00e8re, engloutissant de larges portions avant d\u2019en recracher les plus grosses arr\u00eates. S\u2019amusait de quelques boutades lanc\u00e9es \u00e0 ses enfants ou \u00e0 celle qu\u2019il appelait son \u00ab \u00e2me s\u0153ur \u00bb, Yolande, rencontr\u00e9e vingt-sept ans plus t\u00f4t \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Roissy. Ce seront ses derniers moments de bonheur, de plaisir et de r\u00e9pit. Tout s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9 courant janvier.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but du mois, il est venu passer quelques jours chez lui, \u00e0 Neuilly, avec Yolande. Ultime break avant le marathon \u00e9lectoral, pour se couper des contingences abidjanaises, du portable qui sonne sans cesse. Il en profite pour passer des examens \u00e0 l\u2019H\u00f4pital am\u00e9ricain car, dit-il, il peine \u00e0 comprendre pourquoi les coups de fatigue qui s\u2019abattent sur lui ne passent pas. Pis, ils se multiplient. Retour \u00e0 Abidjan, le devoir l\u2019appelle. Puis, de nouveau Paris, \u00e0 la fin janvier pour d\u2019\u00e9ni\u00e8mes rendez-vous m\u00e9dicaux. Seul, avec Nestor, son fid\u00e8le majordome qui veille sur lui comme sur la prunelle de ses yeux en tous lieux, y compris lors de ses d\u00e9placements. Et Idriss Karamoko, l\u2019un de ses plus proches amis.<\/p>\n\n\n\n<p>Il souffre d\u2019an\u00e9mie, se nourrit peu, lui d\u2019ordinaire si bon vivant. Et toujours ces satan\u00e9s \u00ab coups de barre \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Hypoth\u00e8ses et rumeurs<\/h2>\n\n\n\n<p>Je lui rends visite le vendredi 29 janvier, \u00e0 son domicile, en milieu d\u2019apr\u00e8s-midi. Il a fait une exception pour moi, souhaitant se pr\u00e9server au maximum et se reposer. Imm\u00e9diatement, je vois que cela ne va pas : il a les traits tir\u00e9s et est tr\u00e8s amaigri. Six ou sept kilos, sans doute, envol\u00e9s depuis Assinie. Jamais je n\u2019avais vu ce colosse toujours en action si fragile. \u00ab Je n\u2019ai plus de jus, me dit-il. Je n\u2019arrive plus \u00e0 me concentrer, je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 comme cela. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9chafaude des hypoth\u00e8ses : burn-out, s\u00e9quelles du Covid, virus ou parasite tropical\u2026 Tout y passe. \u00ab Ce qui est \u00e9trange, c\u2019est que Nestor est tomb\u00e9 malade au m\u00eame moment que moi, on a pens\u00e9 \u00e0 une crise de palu. Il a perdu plus de dix kilos \u00bb, pr\u00e9cise-t-il. Les deux consomment les m\u00eames aliments.<\/p>\n\n\n\n<p>Aurait-il pu \u00eatre empoisonn\u00e9 ? La rumeur court \u00e0 Abidjan, mais il n\u2019y croit gu\u00e8re. Nous nous quittons, car je sens qu\u2019il a besoin de faire une sieste. Au moment de partir, il tient \u00e0 me rassurer<\/p>\n\n\n\n<p>: \u00ab Ne t\u2019inqui\u00e8te pas, cela va passer, j\u2019ai juste besoin de repos. On se voit \u00e0 Abidjan\u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019apr\u00e8s-midi du 18 f\u00e9vrier, \u00ab Hambak \u00bb quitte la capitale \u00e9conomique ivoirienne, qu\u2019il avait retrouv\u00e9e durant une quinzaine de jours, pour Paris, une nouvelle fois, \u00e0 bord d\u2019un Grumman 5 de la flotte pr\u00e9sidentielle. Son \u00e9tat a empir\u00e9. Le chef de l\u2019\u00c9tat, Alassane Ouattara, voit bien que son Premier ministre n\u2019en peut plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa derni\u00e8re sortie officielle remonte au 10 f\u00e9vrier, lors d\u2019une rencontre du Rassemblement des houphou\u00ebtistes pour la d\u00e9mocratie et la paix (RHDP) \u00e0 Abobo, dont il est maire. Il n\u2019aura m\u00eame pas l\u2019\u00e9nergie de participer, six jours plus tard, \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de pr\u00e9sentation officielle des candidats du parti. Le pr\u00e9sident le met au repos forc\u00e9 et lui demande de retourner \u00e0 Paris pour prendre le temps de se soigner. L\u2019heure n\u2019est pas<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 la panique, il ne nomme donc officiellement aucun int\u00e9rimaire. Patrick Achi, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la pr\u00e9sidence, et Fid\u00e8le Sarassoro, le directeur de cabinet de Ouattara, se r\u00e9partissent les dossiers li\u00e9s \u00e0 la primature.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Black-out total<\/h2>\n\n\n\n<p>Le 19 f\u00e9vrier, Jeune Afrique met en ligne \u00e0 midi un article sur les raisons de son d\u00e9part en France. Hamed n\u2019appr\u00e9cie gu\u00e8re autant de pr\u00e9cision et m\u2019appelle pour se plaindre, deux heures \u00e0 peine apr\u00e8s sa publication. Quand je<\/p>\n\n\n\n<p>d\u00e9croche, je ne reconnais pas sa voix, \u00e9raill\u00e9e et faible, comme s\u2019il avait pris vingt ans d\u2019un seul coup. \u00ab Pourquoi tu fais \u00e7a ? me dit-il. Les gens n\u2019ont pas besoin de savoir tout cela. Prot\u00e8ge-moi. \u00bb Je lui r\u00e9ponds, mal \u00e0 l\u2019aise, qu\u2019il est Premier ministre, que tout le monde s\u2019interroge sur son absence, que J.A. fait son travail et que, par ailleurs, les rumeurs les plus folles circulent \u00e0 son sujet.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">J\u2019AI BESOIN DE COUPER, DE NE PLUS R\u00c9PONDRE AU T\u00c9L\u00c9PHONE, DE ME CONCENTRER SUR MA SANT\u00c9<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous avons souvent eu ce d\u00e9bat, en t\u00eate \u00e0 t\u00eate, sur la transparence dont devraient faire preuves les responsables politiques\u2026 La conversation dure \u00e0 peine deux minutes, je sens qu\u2019il est \u00e9puis\u00e9, qu\u2019il n\u2019a plus la force d\u2019argumenter. J\u2019abr\u00e8ge en raccrochant. Deux jours plus tard, nous nous reparlons, toujours au t\u00e9l\u00e9phone. Il semble aller mieux, sa voix en tout cas est meilleure. Je lui fais part de mon inqui\u00e9tude, je peine \u00e0 comprendre qu\u2019apr\u00e8s tant d\u2019examens, de<\/p>\n\n\n\n<p>prises de sang, de scanners, ses m\u00e9decins ne trouvent pas l\u2019origine du mal qui le ronge. Je ne sais pas alors qu\u2019il souffre d\u2019un cancer\u2026<br>Sa r\u00e9ponse me laisse pantois : \u00ab Tout ce que je te demande, me dit-il, c\u2019est que tes pens\u00e9es m\u2019accompagnent. Sois \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s par l\u2019esprit, pense \u00e0 moi, je m\u2019occupe du reste. J\u2019ai besoin de couper, de ne plus r\u00e9pondre au t\u00e9l\u00e9phone, de me concentrer sur ma sant\u00e9. Je sais que tu es l\u00e0, c\u2019est l\u2019essentiel. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis ce dernier \u00e9change, l\u2019inqui\u00e9tude ne cesse de monter. En dehors d\u2019un cercle tr\u00e8s restreint d\u2019initi\u00e9s, au premier rang desquels son \u00e9pouse, le couple pr\u00e9sidentiel et Emmanuel Macron, plus aucune information sur son \u00e9tat de sant\u00e9 ne filtre. \u00ab Il va mieux \u00bb, disent certains. \u00ab C\u2019est tr\u00e8s grave et son pronostic vital est engag\u00e9 \u00bb, affirment d\u2019autres. \u00c0 quel saint se vouer, alors que le black-out est total ? Depuis combien de temps Hamed lui-m\u00eame sait-il de quelle pathologie il est r\u00e9ellement atteint ? Pense-t-il qu\u2019il peut en gu\u00e9rir ?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La sentence, pour moi, tombe d\u00e9but mars <\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab Hambak \u00bb est hospitalis\u00e9 \u00e0 l\u2019H\u00f4pital am\u00e9ricain de Neuilly-sur-Seine. Cancer du foie m\u00e9tastas\u00e9, en phase terminale. Seule option, une transplantation en urgence. Le meilleur \u00e9tablissement pour cela est l\u2019h\u00f4pital du Kremlin-<\/p>\n\n\n\n<p>Bic\u00eatre. Mais il est trop tard, jugent les experts \u00e0 son chevet. Il n\u2019est plus op\u00e9rable. Yolande, son \u00ab \u00e2me s\u0153ur \u00bb, ne peut se r\u00e9soudre \u00e0 baisser les bras. Il faut tout tenter, m\u00eame l\u2019impossible, m\u00eame s\u2019il n\u2019y a qu\u2019une chance sur un million, pour le sauver. Elle d\u00e9cide, seule, qu\u2019il sera op\u00e9r\u00e9 ailleurs. Appara\u00eet alors l\u2019option turque.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un s\u00e9isme<\/h2>\n\n\n\n<p>Un avion est d\u00e9p\u00each\u00e9 \u00e0 Paris dans la soir\u00e9e sur instruction du pr\u00e9sident Recep Tayyip Erdo\u011fan. Il doit r\u00e9cup\u00e9rer Hamed Bakayoko et les quelques personnes qui l\u2019accompagnent pour qu\u2019il soit op\u00e9r\u00e9 en Turquie. L\u2019espoir rena\u00eet, mais c\u2019est d\u00e9sormais une question d\u2019heures, le pronostic vital est engag\u00e9 : au-del\u00e0 de vingt-quatre, voire de quarante-huit heures, si la transplantation n\u2019est pas effectu\u00e9e, ce sera la fin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>IL AURA LUTT\u00c9 JUSQU\u2019\u00c0 SON DERNIER SOUFFLE MAIS LE COMBAT \u00c9TAIT PERDU D\u2019AVANCE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Alors que le transfert \u00e9tait attendu dans la nuit m\u00eame, le 5 mars \u00e0 midi, Hamed Bakayoko n\u2019a toujours pas quitt\u00e9 Paris. Les m\u00e9decins stambouliotes confirment le diagnostic de leurs<\/p>\n\n\n\n<p>confr\u00e8res fran\u00e7ais : le patient n\u2019est plus op\u00e9rable, encore moins transportable. Il faut se r\u00e9signer\u2026 Mais le 6 mars, dans la matin\u00e9e, nouveau coup de th\u00e9\u00e2tre : il est transf\u00e9r\u00e9 vers l\u2019Allemagne pour y suivre un traitement exp\u00e9rimental. Il aura lutt\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 son dernier souffle, mais le combat \u00e9tait perdu d\u2019avance. Un cancer du foie diagnostiqu\u00e9 tardivement ne pardonne jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>Un s\u00e9isme pour sa famille et ses proches, bien s\u00fbr, mais aussi pour un Alassane Ouattara effondr\u00e9, lui qui a vu ses deux \u00ab fils spirituels \u00bb, derniers Premiers ministres et successeurs d\u00e9sign\u00e9s d\u00e9c\u00e9der en moins de huit mois. Pour la C\u00f4te d\u2019Ivoire \u00e9galement, car Hamed Bakayoko \u00e9tait un homme rare, surtout en politique. Un homme bon, sans complexe ni limite. D\u2019une ouverture d\u2019esprit fascinante, une<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab \u00e9ponge \u00bb sans cesse en qu\u00eate de progr\u00e8s personnels, soucieux d\u2019apprendre chaque jour. Qui lisait en chacun d\u2019entre nous comme dans un livre ouvert. Se fichait des ob\u00e9diences, des ethnies ou des cat\u00e9gories sociales. Capable de discuter le plus simplement du monde et en toute franchise avec le roi du Maroc, Mohammed VI, comme avec un vendeur d\u2019arachide dans la rue. Aussi \u00e0 l\u2019aise dans un palace parisien que dans un maquis de Yamoussoukro. Un self-made man<\/p>\n\n\n\n<p>d\u2019extraction modeste, lui, le fils d\u2019Anliou et de Mayama, qui avait gravi seul tous les \u00e9chelons.<br><strong>IL SUFFIT D\u2019UN SOUFFLE, COMME UNE MALADIE, UN ACCIDENT OU UN DRAME, ET TOUT EST FINI !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Syndicaliste \u00e9tudiant, fondateur du journal Le Patriote, patron de Nostalgie, la premi\u00e8re station de radio priv\u00e9e du pays, puis ministre. Des Nouvelles technologies apr\u00e8s les accords de Marcoussis, de l\u2019Int\u00e9rieur en 2011, puis de la D\u00e9fense apr\u00e8s les mutineries de 2017 et Premier ministre \u00e0 compter de la mi-2020. L\u2019enfant d\u2019Adjam\u00e9 apparaissait m\u00eame comme le grand favori pour la succession d\u2019Alassane Ouattara, en 2025. Qui l\u2019aurait cru, il y a seulement dix ans ? Le destin, \u00f4 combien cruel, en a d\u00e9cid\u00e9 autrement.<\/p>\n\n\n\n<p>En \u00e9crivant ces lignes, un souvenir de nos derniers moments partag\u00e9s, sur la terrasse de sa villa d\u2019Assinie, remonte. Nous n\u2019\u00e9tions que tous les deux, apr\u00e8s le d\u00e9jeuner. \u00ab Tu sais, m\u2019a-t-il dit en buvant sa tisane, nous devons vraiment profiter de chaque instant, comme si c\u2019\u00e9tait le dernier. Se consacrer \u00e0 l\u2019essentiel. Nous avons<\/p>\n\n\n\n<p>tous deux beaucoup de chance, tout pour \u00eatre heureux, mais on ne le mesure pas suffisamment. On perd du temps en futilit\u00e9s, soi-disant obligations, chamailleries, jalousies, on accorde de l\u2019importance \u00e0 des choses qui n\u2019en ont pas. Pourtant, il suffit d\u2019un souffle, comme une maladie, un accident ou un drame, et tout est fini ! \u00bb. Deux mois seulement auront suffi \u00e0 lui donner raison.<\/p>\n\n\n\n<p>Je comprends aujourd\u2019hui qu\u2019il savait, \u00e0 cette \u00e9poque, qu\u2019un cancer le rongeait depuis quelques mois. Il l\u2019a gard\u00e9 pour lui, par pudeur, pour n\u2019inqui\u00e9ter personne. Sans doute pensait-il qu\u2019il le vaincrait. Pour une fois, h\u00e9las, il a trouv\u00e9 plus fort que lui\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par Marwane Ben Yahmed<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hospitalis\u00e9 en Allemagne, le Premier ministre ivoirien est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 10 mars. Le directeur de la publication de Jeune Afrique, qui \u00e9tait \u00e0 titre personnel proche d\u2019Hamed Bakayoko,raconte ses derni\u00e8res semaines et lui rend hommage. Autant \u00eatre franc, \u00e9crire ce texte est un v\u00e9ritable cr\u00e8ve-c\u0153ur, une torture. 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