{"id":31301,"date":"2021-03-25T11:21:26","date_gmt":"2021-03-25T11:21:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.friaguinee.net\/?p=31301"},"modified":"2021-03-25T11:21:28","modified_gmt":"2021-03-25T11:21:28","slug":"petits-commerces-comment-la-communaute-guineenne-domine-le-marche-au-senegal","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.friaguinee.net\/index.php\/2021\/03\/25\/petits-commerces-comment-la-communaute-guineenne-domine-le-marche-au-senegal\/","title":{"rendered":"Petits commerces : Comment la communaut\u00e9 guin\u00e9enne domine le march\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal"},"content":{"rendered":"\n<p>La communaut\u00e9 guin\u00e9enne au S\u00e9n\u00e9gal n\u2019est pas seulement entr\u00e9e dans l\u2019imaginaire collectif comme des individus entreprenants. Dans la r\u00e9alit\u00e9, ses membres ont long\u00e9 plusieurs all\u00e9es de succ\u00e8s qui en ont fait une collectivit\u00e9 dynamique. Celle-ci assure presque le monopole de plusieurs secteurs d\u2019activit\u00e9&nbsp;: vente de fruits, blanchisserie, coiffure pour homme, boutique\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9n\u00e9gal, pays d\u2019accueil, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 connu. Il l\u2019est encore plus pour la communaut\u00e9 guin\u00e9enne. Les chiffres de l\u2019Agence nationale de la statistique et de la d\u00e9mographie (<a href=\"https:\/\/www.senenews.com\/actualites\/economie\/ansd-forte-hausse-en-2020-de-limmatriculation-des-entreprises_349467.html\">Ansd<\/a>) le corroborent. Selon l\u2019enqu\u00eate intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Profil migratoire du S\u00e9n\u00e9gal 2019&nbsp;\u00bb, 43 % des \u00e9migr\u00e9s au S\u00e9n\u00e9gal sont des Guin\u00e9ens. Et m\u00eame si les \u00e9tudes ne se sont pas int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 la r\u00e9partition de cette population dans les diff\u00e9rents secteurs d\u2019activit\u00e9, force est de reconna\u00eetre que la coiffure pour homme, le travail de boutiquier, la vente de fruits\u2026, sont presque l\u2019apanage de cette communaut\u00e9. Une mainmise qui ne manque pas d\u2019explication. Alpha B\u00e2 tient une boutique \u00e0 Scat Urbam. Il vend \u00e9galement des fruits. Pour lui, si ses compatriotes sont essentiellement orient\u00e9s vers le commerce, c\u2019est parce que la plupart d\u2019entre eux arrivent au S\u00e9n\u00e9gal sans qualification professionnelle. La seule option, dans ce cas, dit-il, c\u2019est le commerce. Selon l\u2019\u00e9tude de l\u2019Ansd, plus de 59 % des \u00e9trangers r\u00e9sidant au S\u00e9n\u00e9gal ne sont pas instruits. Et pour se simplifier la vie, l\u2019activit\u00e9 se fait souvent \u00e0 la cha\u00eene. Une affaire de famille&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son grand magasin situ\u00e9 \u00e0 Hann Mariste, Abdou supervise presque tout. Il poss\u00e8de plusieurs boutiques et magasins \u00e9parpill\u00e9s un peu partout \u00e0 Hann Mariste depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Ici, m\u00eame si le d\u00e9cor peut sembler d\u00e9sordonn\u00e9 pour le visiteur, le ma\u00eetre des lieux a une ma\u00eetrise parfaite de l\u2019emplacement de chaque article, au d\u00e9tail pr\u00e8s. \u00c0 l\u2019aide d\u2019une machine \u00e0 calculer, d\u2019un carnet de facture, il g\u00e8re les commandes minutieusement, assist\u00e9 de deux gar\u00e7ons&nbsp;: son fils a\u00een\u00e9 et son neveu. \u00ab&nbsp;Ce sont mes deux plus proches collaborateurs, mes hommes de confiance&nbsp;\u00bb, confie-t-il. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, un jeune gar\u00e7on, \u00e0 peine la dizaine d\u2019ann\u00e9es, a les yeux riv\u00e9s sur un exemplaire du Coran. Pour Abdou, c\u2019est le passage oblig\u00e9. \u00ab&nbsp;Chez nous, il est imp\u00e9ratif d\u2019apprendre le Coran. Petit \u00e0 petit, on s\u2019initie au commerce. On ne le choisit pas forc\u00e9ment. Tr\u00e8s souvent, on pratique l\u2019activit\u00e9 de son tuteur&nbsp;\u00bb, explique-t-il.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cha\u00eene de solidarit\u00e9 familiale<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Chez la communaut\u00e9 guin\u00e9enne, le lien familial est tr\u00e8s fort. Selon Mouhamed, coiffeur \u00e0 la Sicap Libert\u00e9 6, c\u2019est une question de confiance et de solidarit\u00e9. En cette matin\u00e9e de lundi, les clients se font d\u00e9sirer dans son salon. Les si\u00e8ges pour clients sont occup\u00e9s par les apprentis. Ils ont le m\u00eame patronyme B\u00e2, ironise Mouhamed. Les deux sont ses fr\u00e8res, les deux autres sont ses cousins. Ils ont quitt\u00e9 leur Guin\u00e9e natale pour venir apprendre le m\u00e9tier.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai appris le m\u00e9tier. J\u2019\u00e9tais chez un de mes oncles coiffeurs. Quand j\u2019ai assimil\u00e9, il m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 ouvrir mon propre atelier. Je suis oblig\u00e9 de faire la m\u00eame chose pour mes jeunes fr\u00e8res&nbsp;\u00bb, dit-il. Pendant que l\u2019apprenant se familiarise avec le m\u00e9tier, il est log\u00e9, nourri par son a\u00een\u00e9 et mentor jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il puisse ouvrir son propre atelier. Selon notre interlocuteur, c\u2019est ce qui fait qu\u2019on peut retrouver une bonne dizaine de membres d\u2019une famille dans une seule activit\u00e9. Le cas du vieux Barry, doyen du march\u00e9 Sandini\u00e9ry, en est un exemple. L\u2019un des premiers \u00e0 s\u2019installer dans la vente de fruits, il est aujourd\u2019hui une sorte de superviseur. Le business est entre ses deux fils et leurs enfants. \u00ab&nbsp;Ils assurent bien la rel\u00e8ve, je n\u2019ai plus la force de mes 25 ans&nbsp;\u00bb, dit-il, avec ironie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre explication \u00e0 cette forte pr\u00e9sence dans ces domaines d\u2019activit\u00e9s est \u00e0 chercher dans la rentabilit\u00e9. Pour la coiffure, par exemple, le chiffre d\u2019affaires journalier peut facilement atteindre 50.000 FCfa le week-end et autour de 15.000 FCfa les jours ouvrables. Am, qui tient un salon dans un petit magasin, tr\u00e8s exigu, ne le cache pas&nbsp;; le business rapporte. M\u00eame avec une recette journali\u00e8re d\u2019un peu plus de 5.000 FCfa, \u00ab&nbsp;facilement atteignable, on s\u2019en sort&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Abdoul, lui, tient une blanchisserie. M\u00eame s\u2019il est \u00e9crit sur une planche n\u00e9gligemment accroch\u00e9 \u00e0 la porte, que le travail se fait \u00e0 la machine, la r\u00e9alit\u00e9 est tout autre. Peu importe, pour lui. Puisque son travail \u00e0 la main est de qualit\u00e9. \u00ab\u00a0L\u2019essentiel, c\u2019est que le travail soit tr\u00e8s bien fait. Si je suis l\u00e0 depuis bient\u00f4t 10 ans, c\u2019est parce que mes clients sont satisfaits\u00a0\u00bb, assure-t-il, le coude pos\u00e9 sur une machine \u00e0 laver qui sert plus de comptoir qu\u2019\u00e0 blanchir.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Nous ne sommes pas venus au S\u00e9n\u00e9gal pour le confort&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un grand magasin, une baie vitr\u00e9e o\u00f9 sont rang\u00e9s les habits d\u00e9j\u00e0 lav\u00e9s et repass\u00e9s, fait office de porte. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, une grande planche de bois s\u00e9pare la pi\u00e8ce en deux parties. La deuxi\u00e8me fait office de chambre \u00e0 coucher. Mouhamed y vit avec son \u00e9pouse et ses deux enfants qui sont n\u00e9s au S\u00e9n\u00e9gal. De la cuisine au linge, tout se fait dans cet espace. Rien de grave pour quelqu\u2019un qui a partag\u00e9 une chambre avec sept autres compatriotes plusieurs ann\u00e9es durant, surtout si cela permet d\u2019\u00e9conomiser 25.000 FCfa par mois destin\u00e9s au loyer&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Cela peut sembler bizarre pour quelqu\u2019un qui est chez lui. Mais nous restons des \u00e9migr\u00e9s m\u00eame si nous sommes bien int\u00e9gr\u00e9s. Nous ne sommes pas ici pour le confort. Il faut savoir serrer la ceinture&nbsp;\u00bb, affirme Mouhamed. Selon Alpha, boutiquier de son \u00e9tat, que ce soit la boutique, la blanchisserie\u2026, ce sont des activit\u00e9s qui permettent de faire des \u00e9conomies sur le train de vie. Prenant son exemple, il dit avoir am\u00e9nag\u00e9 une petite couchette dans sa boutique au lieu de prendre une chambre qui lui aurait peut-\u00eatre co\u00fbt\u00e9e un peu plus de 20.000 FCfa, alors qu\u2019il n\u2019y passerait pas plus de sept heures par jour. \u00ab&nbsp;On finit par s\u2019y habituer&nbsp;\u00bb, explique-t-il.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>CHA\u00ceNE DE DISTRIBUTION&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sandini\u00e9ry, symbole du monopole du business des fruits<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Au milieu de plusieurs caisses de bananes par-ci, de pommes, de raisins par-l\u00e0, un vieil homme, le visage rid\u00e9, compile les billets de banque. Comme s\u2019il fuyait le regard des acheteurs, il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 tout ranger sous son grand caftan bleu d\u00e9grad\u00e9, quand quelqu\u2019un s\u2019approche de lui, fut-il un client. Nous sommes \u00e0 la Rue Sandini\u00e9ry. Nul besoin de pr\u00e9ciser que c\u2019est ici que se ravitaillent la majorit\u00e9 des vendeurs de fruits de la capitale s\u00e9n\u00e9galaise. En cette matin\u00e9e agr\u00e9able, l\u2019odeur des fruits aiguise l\u2019app\u00e9tit des passants dans cet endroit peu salubre et encombr\u00e9 de chariots, d\u2019\u00e9tals, de camions, rendant la circulation difficile. Mais ce qui frappe, c\u2019est la forte pr\u00e9sence des membres de la communaut\u00e9 guin\u00e9enne. Ils occupent toute la cha\u00eene de distribution. De l\u2019importation \u00e0 la vente, en passant par la distribution, la d\u00e9charge\u2026, ils cochent toutes les cases.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est une tradition. G\u00e9n\u00e9ralement, le propri\u00e9taire d\u2019un magasin de fruits pr\u00e9f\u00e8re travailler avec des gens de sa famille pour un meilleur suivi&nbsp;\u00bb, explique Aliou, qui vient de r\u00e9cup\u00e9rer son carton de cl\u00e9mentine. M\u00eame s\u2019il pr\u00e9cise qu\u2019il n\u2019y a pas que des Guin\u00e9ens dans le business, notre interlocuteur reconna\u00eet que l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 en est issue. Il y a de plus en plus de Marocains, de Libyens et de S\u00e9n\u00e9galais, \u00ab&nbsp;mais les Guin\u00e9ens sont plus nombreux \u00e0 s\u2019activer dans ce cr\u00e9neau. Parce que, renseigne-t-il, les autres ne sont pr\u00e9sents que dans l\u2019importation, alors que les Guin\u00e9ens sont sur tous les maillons de la cha\u00eene&nbsp;\u00bb. Alpha Barry, lui, tient un magasin non loin de l\u00e0. Occup\u00e9 \u00e0 mettre de l\u2019ordre dans les marchandises qu\u2019il vient de d\u00e9charger, il n\u2019a presque pas le temps de \u00ab&nbsp;papoter&nbsp;\u00bb. \u00c0 juste raison. Car, dit-il, des commandes doivent aller dans les r\u00e9gions. \u00ab&nbsp;Je suis d\u00e9sol\u00e9, mais j\u2019ai accus\u00e9 du retard \u00e0 cause de mon fournisseur, si vous repassez un autre jour&nbsp;\u00bb, dit-il, navr\u00e9.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019ic\u00f4ne de Sandini\u00e9ry<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Son magasin n\u2019a rien de particulier. Mais pour conna\u00eetre l\u2019histoire des Guin\u00e9ens \u00e0 la Rue Sandini\u00e9ry, El Hadji Toumany Barry n\u2019a pas son \u00e9gal. Arriv\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal en 1955, il se r\u00e9clame \u00ab&nbsp;S\u00e9n\u00e9galo-guin\u00e9en&nbsp;\u00bb. Devant ses \u00e9tals de fruits, il distribue des salamalecs \u00e0 tout-va, le tout avec un sourire qui laisse entrevoir une m\u00e2choire \u00e9dent\u00e9e. Habits sobres, bonnet bien ajust\u00e9, avec un masque qui cache mal une barbe poivre sel, c\u2019est avec plaisir qu\u2019il replonge dans son pass\u00e9 qui se confond avec le site. Le nonag\u00e9naire est le premier \u00e0 vendre des papayes \u00e0 Sandini\u00e9ry. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, se souvient-il, des commer\u00e7ants venus de Keur Moussa et de Tivaouane avaient amen\u00e9 des papayes. Mais, puisque le fruit n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s connu, se souvient-il, le vieux Barry flaire le business. \u00ab Petit \u00e0 petit, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019adopter. J\u2019ai alors d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00eatre leur revendeur attitr\u00e9. Les gens de Keur Moussa et de Tivaouane ont commenc\u00e9 \u00e0 tout me donner&nbsp;\u00bb, se rappelle-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une histoire avec Sandini\u00e9ry qui continue. En effet, c\u2019est dans le business qu\u2019il obtiendra tout ce qui repr\u00e9sente sa fortune aujourd\u2019hui. En 1962 d\u00e9j\u00e0, il avait fini d\u2019acheter un terrain \u00e0 Gu\u00e9diawaye, m\u00eame s\u2019il a fallu 20 ans plus tard pour le construire. Le vieux Barry y vit aujourd\u2019hui tranquillement, apr\u00e8s avoir pass\u00e9 pr\u00e8s de 30 ans entre Til\u00e8ne et la M\u00e9dina. M\u00eame s\u2019il a transmis le flambeau \u00e0 ses enfants et petits-fils, il garde toujours un regard bienveillant et n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 donner un coup de main malgr\u00e9 ses 96 piges.&nbsp;\u00ab&nbsp;Le matin, je suis l\u00e0 jusqu\u2019apr\u00e8s la pri\u00e8re de Tisbar, puis je rentre \u00e0 la maison&nbsp;\u00bb, dit-il, la mine toujours joyeuse. Certes attach\u00e9 \u00e0 ses racines guin\u00e9ennes, le vieux Barry n\u2019y passe que deux mois sur 12. \u00ab&nbsp;Ma femme et mes enfants sont au S\u00e9n\u00e9gal. Ceux que vous voyez dans le magasin, ce sont mes enfants et mes petits-fils. Ils sont tous n\u00e9s au S\u00e9n\u00e9gal qu\u2019ils connaissent mieux que la Guin\u00e9e&nbsp;\u00bb, confie-t-il.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure><iframe height=\"300\" width=\"412\" allowfullscreen=\"\"><\/iframe><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Les Guin\u00e9ens \u00e0 l\u2019assaut de l\u2019immobilier&nbsp;&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Non loin de la station Edk de Hann Mariste, M. Dione disserte sur l\u2019actualit\u00e9, chapelet \u00e0 la main, tasse de caf\u00e9 dans l\u2019autre. Si beaucoup viennent ici prendre le petit-d\u00e9jeuner, l\u2019endroit est aussi le lieu de rencontre de beaucoup de courtiers. La quasi-totalit\u00e9 d\u00e9pend de M. Dione, le doyen. S\u2019il n\u2019est plus actif dans les petits business, c\u2019est qu\u2019il g\u00e8re les affaires immobili\u00e8res de plusieurs patrons guin\u00e9ens. Selon lui, beaucoup d\u2019hommes d\u2019affaires ont investi le cr\u00e9neau. \u00ab&nbsp;Je g\u00e8re deux immeubles qui appartiennent \u00e0 une m\u00eame famille. On ne les voit pas beaucoup dans l\u2019extravagance, mais il y a beaucoup de Guin\u00e9ens dans l\u2019immobilier&nbsp;\u00bb, indique-t-il. Elhadji Toumany Barry, doyen de Sandiniery, lui, tient une maison dans la banlieue dakaroise. Mais, pour lui, la pr\u00e9sence des Guin\u00e9ens dans le secteur ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;M\u00eame si j\u2019\u00e9tais dans le commerce des fruits, j\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019int\u00e9resser au foncier. Malheureusement, un litige qui a tir\u00e9 en longueur m\u2019a coup\u00e9 l\u2019\u00e9lan. Beaucoup d\u2019acteurs, surtout les importateurs de fruits, sont tr\u00e8s pr\u00e9sents dans le secteur&nbsp;\u00bb, r\u00e9v\u00e8le-t-il. Apr\u00e8s avoir g\u00e9r\u00e9 une boutique pendant plusieurs ann\u00e9es \u00e0 Hann Mariste, Yaya est aujourd\u2019hui bas\u00e9 \u00e0 Yoff. Gr\u00e2ce \u00e0 un niveau d\u2019\u00e9tudes assez correct, il s\u2019est vu confier la gestion des maisons en location de son oncle maternel. \u00ab&nbsp;Je suis en quelque sorte son repr\u00e9sentant dans son agence immobili\u00e8re g\u00e9r\u00e9e par un S\u00e9n\u00e9galais&nbsp;\u00bb, renseigne-t-il. D\u2019apr\u00e8s lui, cette ru\u00e9e vers l\u2019immobilier s\u2019explique par le fait que le secteur des fruits est de plus en plus satur\u00e9 avec l\u2019arriv\u00e9e de Marocains, Saoudiens, Turcs\u2026dans le march\u00e9 de l\u2019importation. \u00c0 l\u2019en croire, les Guin\u00e9ens sont tr\u00e8s effac\u00e9s. C\u2019est pourquoi, dit-il, m\u00eame ceux qui ont des immeubles, c\u2019est difficile de les reconna\u00eetre de par leur apparence. \u00ab&nbsp;Vous verrez rarement un Guin\u00e9en rouler avec un v\u00e9hicule de luxe ou porter des habits tr\u00e8s chers. C\u2019est presque un mode de vie. Mais Dieu sait qu\u2019il y en a beaucoup qui sont tr\u00e8s nantis&nbsp;\u00bb, t\u00e9moigne-t-il.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>ALY TANDIAN, PR\u00c9SIDENT DE L\u2019OBSERVATOIRE DES MIGRATIONS&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;La crise avec la Mauritanie a confort\u00e9 la mainmise des Guin\u00e9ens sur le commerce&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le Professeur Aly Tandian, s\u2019il y a une int\u00e9gration qui a r\u00e9ussi au S\u00e9n\u00e9gal, c\u2019est bien celle des Guin\u00e9ens. D\u2019apr\u00e8s le sociologue, les Guin\u00e9ens au S\u00e9n\u00e9gal ont toujours \u00e9volu\u00e9 dans le commerce, la vente de fruits, de l\u00e9gumes, de charbon de bois, etc. D\u2019ailleurs, dit-il, la figure de \u00ab&nbsp;Diallo banana&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Diallo coco&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Diallo K\u00ebri\u00f1 (charbon de bois)&nbsp;\u00bb\u2026est embl\u00e9matique dans l\u2019\u00e9cologie urbaine s\u00e9n\u00e9galaise. Mais cette forte pr\u00e9dominance dans le secteur du commerce a pris une autre dimension en 1989 avec le conflit s\u00e9n\u00e9galo-mauritanien. \u00ab&nbsp;La crise a occasionn\u00e9 le retour en Mauritanie de plusieurs commer\u00e7ants, une opportunit\u00e9 pour de nombreux Guin\u00e9ens de remplacer ceux-ci dans leurs n\u00e9goces abandonn\u00e9s, le commerce de d\u00e9tail. Depuis les ann\u00e9es 90, 2000, les Guin\u00e9es sont actifs dans le pressing, le transport urbain, la coiffure masculine et r\u00e9cemment dans la vente de journaux, de cartes t\u00e9l\u00e9phoniques, de caf\u00e9, etc.,&nbsp;\u00bb, analyse-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais s\u2019ils ont r\u00e9ussi \u00e0 prendre leur marque dans ce secteur, le Professeur Tandian estime que c\u2019est parce qu\u2019ils fonctionnent entre logiques et utilit\u00e9s entrepreneuriales pour se r\u00e9aliser. \u00ab\u00a0Ils se d\u00e9ploient dans des secteurs \u00e9conomiques qui font figure de niches laiss\u00e9es vacantes par les autochtones. En s\u2019orientant vers des activit\u00e9s d\u00e9j\u00e0\u0300 florissantes, les commer\u00e7ants\u00a0guin\u00e9ens cherchent \u00e0\u0300 se distinguer des autres n\u00e9gociants en variant leurs marchandises. Par exemple, on peut trouver dans les n\u00e9goces des\u00a0Guin\u00e9ens, \u00e0 c\u00f4t\u00e9\u0301 des bouteilles d\u2019huile de palme, des cartons remplis de produits de beaut\u00e9\u0301 et de tissus sur lesquels sont superpos\u00e9s du poisson s\u00e9ch\u00e9\u0301, des condiments sp\u00e9cifiques ou m\u00eame des fruits\u00a0\u00bb. Selon lui, cet auto-emploi des Guin\u00e9ens a m\u00eame influ\u00e9 sur l\u2019\u00e9volution du nombre de cr\u00e9ations d\u2019emplois et de richesses au profit des membres de la m\u00eame communaut\u00e9.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Avec senenews<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La communaut\u00e9 guin\u00e9enne au S\u00e9n\u00e9gal n\u2019est pas seulement entr\u00e9e dans l\u2019imaginaire collectif comme des individus entreprenants. Dans la r\u00e9alit\u00e9, ses membres ont long\u00e9 plusieurs all\u00e9es de succ\u00e8s qui en ont fait une collectivit\u00e9 dynamique. Celle-ci assure presque le monopole de plusieurs secteurs d\u2019activit\u00e9&nbsp;: vente de fruits, blanchisserie, coiffure pour homme, boutique\u2026&nbsp; S\u00e9n\u00e9gal, pays d\u2019accueil, c\u2019est [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":31303,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4452],"tags":[3450,247,6465,719],"class_list":["post-31301","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-commerce","tag-communaute-guineenne","tag-marche","tag-petits-commerces","tag-senegal"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.friaguinee.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31301","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.friaguinee.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.friaguinee.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.friaguinee.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.friaguinee.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=31301"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/www.friaguinee.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31301\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":31304,"href":"http:\/\/www.friaguinee.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31301\/revisions\/31304"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.friaguinee.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/31303"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.friaguinee.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=31301"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.friaguinee.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=31301"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.friaguinee.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=31301"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}